PASCAL
Paquale Paoli
PAOLI

... Pascal Paoli est né le 6 avril 1725 à Morosaglia dans la Castagniccia. Son père Hyacinthe Paoli, patriote et premier ministre du roi Théodore doit en 1739 se résigner à l' exil. Le petit Pascal suit son père. Il passe sa jeunesse et fait ses études à Naples. Cet enseignement fait du jeune exilé un homme de vaste culture. Il parle et écrit couramment le latin, l' italien, le français et l' anglais. Mais les malheurs de sa patrie ne le laisse pas indifférent. Il suit attentivement les péripéties de la Corse. Celle-ci a besoin de chefs expérimentés: Paoli choisit donc le métier des armes. En septembre 1754, son frère Clément ainsi qu' un grand nombre de notables supplient Pascal Paoli de rentrer dans sa patrie. Le 29 avril 1755 le jeune officier débarque sur l' île. Le 13 juillet, il est proclamé Général de la nation Corse.

... Alors, commence une des plus curieuses aventures de l' histoire: une île perdue, un peuple minuscule de bergers et de montagnards, un état qui n' avait fait jusqu' ici que des ébauches d' organisation va se métarmorphoser par la foi d'un jeune homme de trente ans en République modèle.

... Quand Paoli vient au pouvoir, un inextricable désordre régne sur la Corse. Deux forces antagonistes se partagent le gouvernement officiel: l' armée Française et l' administration Génoise. Toutes deux ne controlent que les ports et une partie des côtes. Quant à l' intérieur de l' île (c' est à dire les 9/10 ème) il est entièrement livré à lui -même. Trouver les lois et les institutions qui puissent convenir aux Corses n' est pas chose facile. La constitution de Paoli réussit cette gageure. Elle est un heureux amalgame des traditions insulaires et des théories sociales, juridiques et économiques que les oeuvres de Montesquieu, de Voltaire et des Encyclopédistes propagent alors à travers l' Europe. La base en est la volonté populaire exprimée par le suffrage universel. Plus d' une trentaine d'années avant les révolutions américaine et Française, le peuple se déclare maître de lui-même, c' est à dire souverain: concept tout à fait original à l'époque. Rousseau voit dans les Corses le peuple de son rêve: égalitaire, sobre, courageux, épris de liberté et désigne la Corse (dans son contrat social) "comme le seul pays en Europe capable de législation". L' oeuvre la plus urgente est d' éloigner de l' île le spectre de la misère et de la famine. Paoli décide de donner à l' agriculture une impulsion durable. Il essaye aussi de jetter les bases d' une industrie nationale en faisant exploiter les mines de plomb et de cuivre. Quant au commerce, l' occupation des ports par les Génois et les Français semblent l' interdire. Il a la hardiesse de faire creuser le port qui manque à la Corse. Ce nouveau port appelé Ile -Rousse devient rapidement prospère et procure à l' économie Corse une ouverture sur le monde extérieur. Aprés la stabilité politique, la sécutité publique, la renaissance de l' agriculture et du commerce Paoli organise l' école primaire et fonde une université à Corté.

... Sa réputation s' étend de l' Europe entière (des souverains comme Frédéric II de Prusse, Catherine de Russie, le roi de Saxe, le bey de Tunis lui témoignent leur estime) et jusqu' en Amérique où un autre peuple cherche à se décolonniser (une ville de 20 000 habitants et trois autres localités portent son nom). Rousseau et Voltaire lui portent la plus haute estime. L' Angleterre tout entière, opinion et gouvernement suit de près les affaires Corses. Dans la seconde moitié du XVIII ° siècle, les Corses dirigés par Pascal Paoli, ne sont plus aux yeux du monde les féroces brigands de la tradition. Leur pauvreté a cessé d' être fatalité de la nature ou effet de la paresse pour devenir la condition même de la vertu.

... Mais le 15 avril 1768 la république de Gênes, par un traité signé à Versailles, remet à la France l' exercice de la souveraineté de la Corse. De nouvelles troupes Francaises débarquent en Corse.Ces nouvelles campagnes offrent des témoignages éclatants de l' héroïsme des Corses en guerre pour défendre leur liberté. Mais la valeur ne suffit pas à gagner la guerre. Le 8 mai 1769 aprés un an de luttes féroces les nationaux sont écrasés à Ponte-Nuovo. Ils succombent à la supériorité de la technique, de l' armement et du nombre. Des combats furent encore livrés, mais Paoli ne veut pas prolonger une résistance sans espoir qui n' aboutirait qu' au ravage de toute l' île par un vainqueur pressé d'en finir à n' importe quel prix. Le 13 juin 1769 il s' embarque à Porto-Vecchio sur un navire Anglais.

... Paoli va rester en Angleterre plus de vingt ans. Les grands dignitaires du royaume le recoivent tour à tour. Le roi Georges III lui octroit une pension annuelle, dont il emploiera une grande partie à secourir ses compatriotes réfugiés en Toscane. Il va se lier à tout ce que la Grande Bretagne compte comme écrivains et artistes. Et lorsqu' en 1789 les Etats Généraux de France se sont transformés en Assemblée Nationale, il est persuadé que les principes proclamés par les constituants doivent entrainer la restitution à la Corse d' un gouvernement national qui jouirait, sous la tutelle quasi-symbolique du roi de France de la liberté promise à tous les citoyens.

... Sur les instances d' une délégation venue de l' île, il se décide à rentrer en Corse. Sur le chemin du retour il est acceuilli par la Constituante , recu par le roi, honoré par La Fayette, Mirabeau, Robespierre. Le Roi l' encourage à faire régner la Concorde en Corse. Le 17 juillet 1790 il débarque à Bastia dans le déchainement de l' enthousiasme populaire. Dans les semaines qui suivent, il est élu commandant en chef des gardes nationales et président du directoire départemental.

... Mais la situation générale ne cesse de se dégrader. C' est le parti favorable à la Révolution qui a voulu le retour de Paoli, mais Paoli, homme d' ordre blâme ses excés et commence à prendre ses distances, d' autant que loin de donner à la Corse le régime spécial qu' on lui avait fait espérer, Paris renforce son emprise centraliste. Paoli refuse de servir la Convention et de se laisser manipuler. Le 17 juillet, la Convention le met hors-la-loi. Sur quoi une consulte à Corté décerne à Paoli le titre de Père de la Patrie et décrète la rupture de tout lien politique et social entre la corse et la France. Le 19 juin elle approuve un acte constitutuonnel qui unit le royaume de Corse au Royaume de Grande Bretagne. Le système ainsi établit correspondait assez exactement au schéma tracé par Paoli en 1776, la protection dont la Corse avait besoin lui étant apporté par une grande puissance maritime que ses traditions libérales semblaient recommander particulièrement. Mais le Vice-Roi en place en Corse ne tarde pas à s' inquiéter de l' influence de Paoli. Il le tiens pour responsable de divers incidents tumultueux imputables en fait à des maladresses anglaises, et finit par obtenir des ministres de Londres qu' il soit appelé en Grande Bretagne.

... Ce sera son 3° et dernier exil.

... Il meurt enfin à l' âge de 82 ans, le 5 février 1807. L' ancien général de la nation corse est enterré dans la crypte de Westminster au milieu des Princes et des grands capitaines de l' Angleterre.

... Un buste est placé au dessus de sa tombe avec cette inscription: " à la mémoire de Pascal Paoli un des plus éminents et des plus illstres hommes de son temps ".